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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 13:11
Odysseus in tights

Ce petit texte est passé inaperçu sur facebook (parce que mes amis ne m'aiment pas, ou parce qu'il n'est pas très drôle, peu importe), alors je lui donne une meilleure visibilité ici:

Sur cette excellente carte interactive, on peut retracer le parcours d'Ulysse et de ses marins, perdus pendant 10 ans dans la mer Méditerranée:http://esripm.maps.arcgis.com/apps/MapTour/index.html?appid=4fc9153f4d9248b9bab7011e3950b552&webmap=962ca9da38bf4c5e9439a6acf3dd1b3e


C'est évidemment passionnant et ça a de la gueule de bout en bout, ça relate mille périples sexy et violents, magiques et effrayants, on ne s'ennuie pas ("ON NE REGRETTE PAS SA SOIREE", comme dirait Ludwig Von Apfelstrudel).


Pourtant, au bout du périple, quand il revient enfin à Ithaque, l'illustration qui l'accompagne a soudain perdu tout le charme sauvage et la brutale bestialité hypersexuée des épisodes précédents. Observons ensemble ce tableau chiant qui donnerait presque envie d'aller voir "Doutes" au cinéma:


D'abord, dix ans de défis et de luttes pour retrouver cette espèce de grosse mémère pâlotte, bon. Il a dû regretter de ne pas rester avec Circé ou l'autre, là, celle qui lui fait des massages pendant 7 ans. Mais la récirpoque est vraie elle aussi: de bellâtre baraqué, Ulysse est devenu une sorte d'Angelo Branduardi niais à la coiffure énervante et aux poses maniérées. Il est en chaussettes (on devinera éventuellement un chausson de danse au pied gauche), porte une chemise bouffante en soie lavée un peu comme Bigard à ses débuts, une ceinture qui fait des zigouigouis pas du tout virils et une espèce de collant bariolé de cloune ou de matador. N'omettons pas la sorte de petit sac à couilles sur le devant, quelconque ancêtre du string, qui donne l'impression d'avoir une orange dans la culotte. Il tend son index gauche pour, sans doute, sonner à la porte (il n'a pas vu de métiers à tisser depuis une bonne décennie donc on peut le comprendre), et sa main droite exécute une improbable position qui, si l'on découpe le tableau à la "Da Vinci Code", correspond bon an-mal an à la courbe de la foufoune de Pénélope: ses intentions sont donc plutôt claires, même si on est en droit de ne pas les partager.


Au premier plan, une personne totalement minuscule tisse des fils sur un objet en bois. Ce n'est pas une enfant car elle n'a pas la grosse tête disproportionnée qui les caractérise, ni un nain car elle n'a pas de petites jambes amusantes qui se projettent sur les côtés quand elle court (même si là elle ne court pas). C'est donc visiblement une lilliputienne, assise à-même le carrelage.


Derrière Ulysse Branduardi, quatre personnages très chiants (l'Ecole du Louvre les appelle d'ailleurs "los chiantos") qui donnent fortement envie de les frapper. Le pire étant bien évidemment l'extasiée en vert, qui préfère regarder le plafond alors qu'il se passe des trucs hyper intéressants juste devant elle, dans cette pièce à la géométrie non-euclidienne (ou tout au moins à la perspective débile). Un fauconnier, se tenant la hanche comme une petite princesse, semble avoir remarqué la présence du peintre et lui jette un regard plein de reproches. On croirait l'entendre soupirer "han lan laaaan, tu me dessines encore avec ma tête de matin, tu es pénible hein !"


Après derrière il y a un Arabe, alors on ne sait pas ce qu'il représente mais il a aussi une main dans une position ridicule, ce qui ne joue pas en faveur de son capital sympathie. En plus le peintre se fout carrément de notre gueule, parce que s'il prétend avoir saisi un instant super court, ça ne tient pas vu que le gars a dû poser pendant une bonne huitaine d'heures pour donner ce résultat précis, et personne ne garde sa main ainsi pendant huit heures. De même, si cela avait été un instant fugace, il serait flou: or il n'en est rien, démonstration effectuée.


Au fond, enfin, une sorte de barde remet sa casquette, mais à ce stade on s'en fout un peu donc nous n'en parlerons pas.


Même le chat semble déprimé dans cette peinture, regardez sa pauvre tête triste, on le force clairement à jouer avec une pelote de laine alors qu'il préfèrerait nettement choper l'oiseau qui marche sur le cadre qui ne sert à rien, au fond là, en haut.


Derrière Pénélope, un carquois, ou un extincteur, les historiens de l'art ne s'entendent pas sur ce point. Et puis derrière, bon, y'a un bateau, un château super bien proportionné qui devrait tenir sans trop de mal sur le bateau, de l'eau et des montagnes, ça ressemble pas mal à Ithaque, c'est vrai, le type s'est documenté quand même.
En conclusion, on pourra dire que Pinturicchio (Pérouse, 1454 – Sienne, 1513, vous voyez que même lui n'y croyait pas vraiment… "Pérouse", franchement…) n'était pas très bon en dessin / proportions / perspectives / réalisme / gros guerriers sexy / sirènes bandantes / rendage de scène intéressante.
En vous remerciant.

C'était un épisode de "Palettes", une série d'Alain Jaubert.

Odysseus in tights
Odysseus in tights
Odysseus in tights
Odysseus in tights

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commentaires

Nochilipowder 15/09/2014 18:24

j'ai ri à haute voix

Schrödinger 15/09/2014 20:24

Aaaah merci, je croyais être le seul !

Neko 08/01/2014 12:23

c'est magnifique, très belle analyse !
je file voir "Doutes"…

Schrödinger 15/09/2014 20:24

love <3

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