Après tout c'est un t'chat ici, alors débattons si vous voulez bien.
Quelqu'un peut-il m'expliquer ce qu'il y a de tellement bien dans Gran Torino ?
Qu'est-ce qui vaut ces
pages de critiques dithyrambiques (il y en a 3, vous pouvez tout lire, ça donne très
envie), ou encore
ceci ?
J'ai la désagréable sensation d'avoir tort, ou de n'avoir pas tout bien compris à ce film. Parce que là je me sens seul contre tous, je demande donc à être éclairé: il est impossible que je sois le
seul à avoir les yeux ouverts, ça ne s'est jamais vu.
En général, quand on adore un film et qu'un pote vient nous dire "êêê, la honte, c'est une bouse ce truc", on se sent un peu con, on a limite honte d'avoir aimé finalement. Ou alors on trouve le
pote pas très fin. Ou on se dit "bon bin chacun ses goûts, je me marierai pas avec toi, c'est tout. Enculé."
Quand on déteste un film en revanche, et qu'un ami vient nous en faire l'article, la situation est toute autre, on se sent en situation de force, "haha je vais l'humilier ce con, moi je sais ce qui
est bon, lui il a tort, sortons l'artillerie lourde".
Mais ici, je n'ai pas envie de détester, c'est quand même Clint.
Alors qu'est-ce qui ne va pas ?
Attention, spoiler alert. Pour ceux qui ne l'ont pas vu et aimeraient s'y rendre, sachez que je vais dévoiler des choses que vous ne voulez peut-être pas savoir.
Je ne vais pas tout décortiquer, sinon personne ne lira, et dans la mesure où personne n'a cette adresse, personne multiplié par personne, ça fera pas grand monde. Contentons-nous de mettre le
doigt sur quelques défauts notables:
Les personnages. Monodimensionnels. Prenez par exemple la petite fille du héros Walt Kowalski (ah tiens c'est marrant, il a le même nom que Brando dans "a streetcar named desire", c'est fait exprès
ou tous les polacks s'appellent comme ça ?). Le personnage pourrait être intéressant s'il avait été écrit, mais il s'agit ici d'une vulgaire caricature. Elle a 4 scènes, écrites sans aucune
finesse. L'enterrement de sa grand-mère, auquel elle va avec le nombril piercé apparent / le buffet qui suit, où elle sort des phrases comme "oh là là, et dire que je ne voulais pas venir, pourquoi
vous m'avez forcée ?" -ce qui aurait tout à fait pu être suggéré sans être aussi lourd / le face-à-face avec Clint dans le garage, devant sa Ford
Ka Gran Torino 1972, où elle ne lui dit qu'un truc: "tu la lègues à qui ta bagnole ?" / la lecture du testament, où elle s'apprête à hériter de la caisse et
se dresse sur sa chaise dans cette attente. Et retombe, évidemment, en apprenant que le vieux l'a léguée à un petit nem, évidemment aussi.
Ses parents sont également des caricatures sans aucune personnalité, ou alors celle très profonde des parents de Boule, l'ami de Bill.
Les persos secondaires sont donc un peu écrits avec les pieds, ce qui est étonnant quand même, parce que merde, Honkytonk Man, Bird, Unforgiven, Mystic River, Million Dollar Baby, Letters from Iwo
Jima, Changeling... (et aussi quelques conneries ok), on est en droit d'attendre un peu de sérieux non ?
Le personnage principal est également discutable sous divers aspects. Dans le jeu d'abord: c'est un pépère de dessin-animé, qui fait des petits grognements d'ours toutes les 5 minutes car il
déteste tout et tout le monde (pfff...). Encore une fois, suggérer, c'est tellement mieux que de montrer, appuyer, marteler, illustrer, sous-titrer, raconter l'action alors qu'elle se déroule déjà
sous nos yeux ! Ce qu'il fait régulièrement au cours du film, se parlant tout seul à voix haute, révélant ainsi des informations aussi essentielles que "cette mamie à côté commence à m'énerver, je
crois qu'elle m'a dans le nez". Ce qu'on se dit souvent à voix haute hein ? Dommage franchement.
Dans ses motivations, il n'est pas trop raccord non plus. Le basculement entre vague facho hyper xénophobe et meilleur ami de la communauté Hmong se fait en une seconde, simplement parce qu'il n'a
plus de bière et qu'ils en ont à côté. C'est un peu court jeune homme. Je vois mal Dieudonné aller à la Bar-Mitzva de ses voisins parce qu'il est en pénurie de jambon et qu'ils en... ah non pardon,
ça marche pas. Alors disons, je vois mal Le Pen aller faire la fête dans un bidonville turc parce qu'on l'a invité à boire du Château Pétrus. Hein ? Ca colle pas non plus vous dites ?
Oh merde, vous voyez l'idée.
Alors après, il y a de bons moments quand même. J'aime bien quand il fait le pistolet avec son doigt, il utilise ce gimmick dans 3 scènes, et ça fonctionne à chaque coup. J'aime bien aussi sa
relation avec le tueur du Zodiac, devenu coiffeur le temps d'un film, et les bananes racistes qu'ils s'envoient à la gueule en toute amitié. J'aime bien la morale du truc, même si le côté
rédempteur christique peut légitimement casser les couilles, et même si c'est cousu de fil blanc. J'aime bien les rapports à la famille, même si, bon, ça fait 12 films que Clint raconte qu'il
s'entend mal avec sa fille et qu'il regrette, et qu'à force on a compris.
Mais dans l'ensemble, quatre étoiles partout, faut pas exagérer, flûte ! C'est bien, c'est pas une bouse, mais c'est loin d'être aussi fort que ceux que j'ai cités plus haut. A mon sens.
Votre avis nous intéresse.
ps: à sa décharge, j'ai vu le film dans sa calamiteuse version française, et je promets de ne plus jamais voir de films doublés pour des débiles, parce que ça ne lui rend absolument pas service.
Mais à Metz un dimanche soir, s'il n'est pas projeté au Caméo, eh bin on n'a pas le choix. On ne l'a pas.